«Princess »



Cette Nigérienne qui a sauvé 200 filles de l’exploitation sexuelle en Italie

 

De Soumeya Lerari | 10-02-2017 | De Kalimate

 

Il y a ces personnes qui ne peuvent se confiner dans un statut de victime. Des personnes qui malgré les affres de la maltraitance, de l’injustice et de l’humiliation continuent de regorger de ressources et de courage pour aller de l’avant, mais surtout pour tirer les autres vers le haut et leur permettre de s’en sortir.

C’est ce que « Princess » a vaillamment su accomplir. Atterri  à Turin (Italie) en 1999 suivant une promesse d’emploi comme cuisinière, Princess se fait piéger par des trafiquants qui lui avaient fait miroiter un espoir de vie milleur devant ses yeux. A son arrivée, on lui demande une somme équivalente à 45.000 euros comme « dette » à rembourser pour le « voyage » qu’elle a effectué, la menant vers l’inévitable issue: la prostitution forcée.

Après quelques mois de cauchemars, puis en recevant l’aide d’un Curé et de celui qui deviendra son associé et son mari, Alberto Messino, Princesse a commencé par rembourser son affreuse « dette ». Princess ne s’est pas contenté de survivre et était déterminée à aider d’autres personnes qui vivaient la même situation qu’elle et qui, plus que jamais, avaient besoin de soutien.

C’est ainsi que Princess commence d’abord par dénoncer son bourreau, puis se lance dans la création de l’ONG  PIAM Onlus, une association laïque basée à Asti en Italie. PIAM Onplus est composée de travailleurs sociaux italiens et migrants qui depuis 2000, collaborent avec réfugié.e.s et migrant.e.s en portant une attention particulière aux personnes prostituées et victimes d’exploitation sexuelle. Depuis sa création, Princesse et Alberto ont réussi à aider plus de 200 femmes à sortir de l’exploitation sexuelle et de la prostitution, bien qu’il leur reste un long chemin à parcourir.

Pour avoir une idée sur l’ampleur de ce terrible phénomène souvent sous-médiatisé, plus de 30.000 femmes nigériennes ont été victimes, comme Princesse, de la traite d’êtres humains en Italie depuis les années 80.

A l’échelle internationale, la réalité n’est pas plus rose. L’exploitation sexuelle est l’activité criminelle ayant la plus forte croissance d’après plusieurs organisations internationales. Les témoignages n’en finissent pas, les victimes sont aussi diverses que leurs trafiquants. Les femmes et les adolescentes sont -pour ne pas changer- les plus touchées ; leurs profils de femmes autochtones et/ou vivant dans des zones de conflits et/ou provenant  de milieux défavorisés accentuent leur vulnérabilité face aux pièges que leur tendent des réseaux mafieux et  extrêmement bien organisés qui profitent de leur détresse et des situations précaires dans lesquelles elles vivent, les avilissant moralement et physiquement pour alimenter la machine criminelle infernale.

Il serait utile de souligner que:

  • Au moins 12,3 millions d’adultes et d’enfants sont victimes de travail forcé, de travail servile et/ou d’asservissement sexuel à des fins commerciales.
  • Environ 2 millions d’enfants sont exploités chaque année dans le cadre du marché du sexe.
  • 80% des victimes de traite identifiées sont trafiquées à des fins d’exploitation sexuelle.
  • Les femmes et les filles représentent 98% des victimes de traite à des fins d’exploitation sexuelle.

Malgré la criminalisation de l’exploitation sexuelle par 124 pays, les luttes acharnées de la part des Organisations Non-Gouvernementales et organismes étatiques en tout genre, la dimension du phénomène est telle qu’il est à ce jour difficile de voir le bout du tunnel. En effet, au-delà de la complexité de ce thème, sa « mondialisation », le manque de statistiques en la matière, le manque de ressources dédiées à ce combat, ainsi que le manque de couverture médiatique rendent la tâche difficile. Cependant, cela ne décourage pas des milliers de Princess d’utiliser leurs forces et de mobiliser les siens pour en venir à bout.

 


Soumeya Lerari est une jeune bloggeuse polyglotte d’origine algérienne, qui centre son activisme autour de la cause féministe particulièrement dans la région méditérranéenne. Elle est aussi Co-coordinatrice pour la région MENA de l’organisation Women’s Earth Climate Action.