Afghanistan : peut-on parler de l’espoir ?



L’art, la politique et l’action humanitaire essaient de répondre à cette question.

 

De Margarida Teixeira |05-03-2017|

 

Afghanistan : peut-on parler de l’espoir ? C’est une question qui a été posée à de nombreuses reprises au cours des 40 dernières années: la guerre avec l’Union soviétique dans les années 80, la guerre civile de 1996 à 2001, l’intervention de l’OTAN et plus récemment avec l’aggravation croissante des conflits entre les insurgés afghans et le gouvernement afghan soutenu par l’Occident.

Le 31 janvier 2017, une table ronde tenue durant une nouvelle exposition a eu lieu à Paris sur la situation en Afghanistan, s’inspirant d’une série de photographies prises par l’artiste Sandra Calligaro lors de son séjour de trois mois en Afghanistan. Elle a eu l’occasion, sous la direction de plusieurs ONG, de visiter neuf provinces différentes et d’interviewer diverses personnes convertissant ensuite des portions des interviews et des photos d’individus dans un essai photographique intitulé «Afghan Stories – Waiting for Hope». L’exposition était parrainée par l’Agence européenne pour l’aide humanitaire (ECHO), ainsi que six autres ONG connues à l’échelle internationale et soutenues par le mécanisme d’intervention d’urgence d’ECHO. Calligaro travaille depuis 10 ans entre la France et l’Afghanistan. Cependant, à mesure que la situation sécuritaire en Afghanistan se détériore, son accès à certaines zones est devenu de plus en plus limité qui a fait qu’elle n’avait qu’une heure et demie pour interviewer chaque famille.

L’Afghanistan moderne souffre. Alors que la violence semble être celle qui capte le plus d’attention, la corruption endémique est vraisemblablement la cause principale de la paralysie qui englobe le pays à long terme. En effet l’avenir ne semble pas nécessairement brillant même pour ceux qui parviennent à quitter l’Afghanistan. Ce dernier point s’est présenté comme l’un des principaux sujets abordés lors de la table ronde: les réfugiés et les demandeurs d’asile sont renvoyés vers leur pays d’origine en provenance d’Europe (suite à un accord récent entre l’UE et le gouvernement afghan) et le Pakistan. Le représentant de l’ONG française Action Contre La Faim a déclaré: « [l’Afghanistan] est incapable de faire face à un tel nombre de personnes … dont la plupart, nées à l’étranger à la suite de guerres antérieures, n’ont jamais vu leur pays et n’ont ni racines, ni boulot, ni accès aux soins médicaux et à l’éducation publique ». Cette déclaration a été réitérée par un représentant d’ECHO, qui a ajouté que la distribution de terres aux rapatriés et la délivrance de documents pour accéder aux services publics déjà rarissimes est de la plus haute importance. Cependant, le représentant a également souligné «un environnement politique difficile (multiethnique) dans un contexte de guerre» comme un obstacle majeur à un plan de redistribution à l’échelle nationale afin de s’assurer que les rapatriés reçoivent un abri.

Pourtant, si l’UE est au courant de cette polémique, pourquoi renvoie-t-elle les demandeurs d’asile afghans dans un environnement hostile ? « Ces décisions ne sont pas uniquement motivées par des préoccupations humanitaires, mais aussi par des questions géopolitiques et sécuritaires », a expliqué l’ambassadeur de Malte, H.E. Patrick Mifsud. Cette question révélatrice n’a jamais reçu de réponse adéquate. L’affirmation d’Amnesty International que l’accord entre l’UE et le gouvernement afghan était lié à l’aide financière de l’UE a été fermement nié par le représentant d’ECHO. Un membre afghan du public a qualifié le gouvernement afghan de corrompu et illégitime avant de demander si l’aide financière fournie par l’UE a été donnée au gouvernement afghan inconditionnellement. ECHO s’est rapidement distancié du gouvernement afghan (elle ne soutient que les ONG travaillant dans le pays fournissant les soins médicaux et autres services nécessaires) affirmant que des mécanismes anti-corruption étaient déjà en place. Néanmoins, on a l’impression que l’Afghanistan est coincé dans un paradoxe: inondé d’aide inefficace.

L’exposition et la table ronde se sont déroulées dans un petit centre artistique à Paris, le Point Éphémère. D’un point de vue extérieur, il semblerait que l’Afghanistan puisse encore être considéré comme une force mobilisatrice, engageant les individus dans son objectif de créer une société pacifique. Pourtant, en dépit de l’investissement de l’UE et d’autres pays, la situation ne semble pas approcher sa fin et une grande partie de la population continue de manquer d’accès aux services de base. En effet, pendant que les réfugiés afghans errent dans les rues parisiennes parce qu’ils manquent de toits, ou ne trouve aucune assistance juridique pour demander l’asile, il est difficile de rester optimiste.

Le point le plus pertinent concernant la situation en Afghanistan a été soulevé par un représentant de l’ONG Solidarités International: « Jusqu’à ce que nous changions le paradigme, nous aurons encore des tables rondes comme celle-ci dans quinze ans, sur les pauvres Afghans souffrants ». Que la grande quantité d’aide fournie à l’Afghanistan par l’UE aurait probablement été mieux dépensée pour promouvoir la culture et l’éducation afghane, une déclaration à laquelle le public a applaudi.

Alors, les Afghans devraient-ils continuer à être optimistes? Certains ont beaucoup souffert d’autres ont pris le risque de quitter dans le but d’obtenir le statut de réfugié et de s’assurer une vie plus sûre. Il semblerait également que la situation en Afghanistan commence à épuiser l’attention internationale, au point de perdre le statut protecteur des réfugiés pour ceux qui en ont le plus besoin. Néanmoins ce ne sont pas que les pays occidentaux qui ont commencé à détourner leur attention de l’Afghanistan, tout commes les Somaliens à Dabaab au Kenya, mais aussi ces voisins tels que l’Iran et le Pakistan, qui accueillent actuellement des réfugiés afghans.

L’Afghanistan deviendra-t-il l’ombre d’une nation tourmentée par des extrémistes, tout comme la Somalie ?

Comme l’a déclaré le représentant d’ECHO lors de l’exposition: « Dans ces photos, je reconnais l’Afghanistan que j’ai vu en voyageant … le courage, l’orgueil et la force de son peuple ». Il a affirmé de n’avoir jamais vu des personnes, dont la plupart étaient rapatriés, aussi chaleureuses, prêtes à accueillir les étrangers chez eux. Une question se pose sur la durée de cette solidarité (d’ici mars 2018, plus de 600 000 réfugiés afghans devraient être expulsés du Pakistan). Cependant, le respect et l’admiration pour le peuple afghan devraient nous inciter à «changer le paradigme» et à être plus intelligents et plus efficaces à l’égard de l’aide allouée à ce pays. Nous devrions continuer à attiser la flamme d’espoir qu’attend le peuple afghan et qui lui a été promis en 2001 par la coalition de l’OTAN.

 

Cet article a été publié premièrement dans Words in The Bucket.

 


Margarida Teixeira est une Portugaise qui étudie Human Rights & Humanitarian Action à Paris avec une formation en philosophie et cinéma.  Elle s’intéresse aux questions de genre du monde farsi (l’Iran et l’Afghanistan).